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Née en Malaisie, Jessica Tan Gudnason a étudié au Centre International de la Photographie (ICP) de New York. Elle vit et travaille encore dans la mégalopole sur les rives de l’Hudson River. Elle décrit son projet ainsi :
« J’ai commencé à m’intéresser aux opéras chinois lorsque j’étais petite. Ma mère raffolait d’opéra et nous enchantait, lorsque nous étions enfants, en nous contant les représentations qu’elle avait vues. Elle mettait un disque et racontait la tradition de cet art, des légendes, des histoires populaires et des romans classiques. Ma grand-mère, elle-même née en chine, nous emmenait souvent à l’opéra chinois ma sœur et moi. La troupe jouait dans un théâtre fermé sur trois côtés et ouvert sur la rue. Les jeunes et les plus vieux se rassemblaient à chaque représentation, la scène prenait vie grâce à la musique, aux chansons et aux merveilleux costumes. C’était une expérience sublime de couleurs, de sons et de mouvements.
J’ai vécu les dix dernières années en tant que photographe aux Etats-Unis et redécouvert ainsi que mon intérêt pour l’opéra chinois était toujours bel et bien vivant. Ainsi, j’ai commencé ce projet il y a huit ans.
En tant que photographe d’art, j’ai voulu montrer ce que les yeux contemporains perçoivent d’un opéra : une attitude précise à un moment déterminé. La culture et l’art sont des éléments importants qui incitent la compréhension entre les différentes nations et générations. Mon intention est de conserver le riche héritage de l’opéra chinois pour que nos enfants puissent développer une meilleure compréhension et reconnaître cette tradition unique de l’art vivant.
Ma rencontre avec les actrices de la troupe Honglu de l’Opéra Yue à Shanghai fut une expérience personnelle inoubliable. L’Opéra Yue est relativement jeune, environ 80 ans. Les membres m’ont laissée les observer tandis qu’ils se transformaient en différents personnages, avec tout ce maquillage et ces perruques qui, je me souviens encore, étaient alignées soigneusement sur une table. La troupe de l’Opéra Yue est exclusivement composée de femmes qui reprennent également les rôles masculins.
J’ai mis du temps à m’habituer au chant car il était plus fort que le fausset et les voix pénétrantes du sud de la Chine qui m’étaient familières. Ce fut manifestement une mise en scène couronnée de succès car chaque soir, à la fin de l’opéra, le public envahissait la scène.
J’admire les acteurs de l’opéra chinois pour leur talent. Ils m’ont permis d’appréhender ma propre vision de leur art et d’assister à des scènes que le spectateur n’a pas la chance de pouvoir observer. Puisque l’opéra chinois exige de l’acteur qu’il assimile sa propre façon de communiquer au rôle, j’ai essayé de transporter ma propre vision de ce théâtre antique dans le nouveau monde et le nouveau millénaire. »